Fitzrovia : le micro-quartier de Londres que même les Londoniens ne savent pas nommer
Quiz : connaissez-vous Fitzrovia ?
Combien d'habitants compte le quartier de Fitzrovia à Londres ?
Quel film de P.T. Anderson a été tourné dans les rues de Fitzrovia ?
Quelle hauteur atteint la BT Tower, ancien plus haut édifice de Londres ?
Fitzrovia n'est même pas un quartier officiel de Londres — et c'est ce qui le rend fascinant. Coincé entre Oxford Street, Bloomsbury et Marylebone, ce micro-périmètre du West End abrite moins de 10 000 habitants, les anciennes maisons de Virginia Woolf et Charles Dickens, et un pub — la Fitzroy Tavern — qui lui a donné son nom dans les années 1930. On y dîne pour 15 livres sterling comme pour 300. Le réalisateur Guy Ritchie y possède un pub. La BT Tower, 182 mètres et anciennement le plus haut édifice de Londres, va devenir un hôtel. Et The Newman, ouvert en février 2026, condense trois siècles de bohème en 15 artistes. Voici pourquoi Fitzrovia mérite le détour.
Moins de 10 000 habitants entre Oxford Street et Bloomsbury
Regardez une carte de Londres. Au sud, le chaos commercial d'Oxford Street. À l'est, les librairies et les squares arborés de Bloomsbury. À l'ouest, les cabinets médicaux de Marylebone. Et au milieu, un rectangle d'à peine un kilomètre carré qui ne figure sur aucune carte administrative : Fitzrovia.
Fitzrovia n'a pas le statut de borough. Pas de mairie. Pas de panneau d'entrée. Moins de 10 000 résidents permanents — c'est la population d'un village breton, mais à 500 mètres du carrefour le plus fréquenté d'Angleterre.
Et c'est là que ça devient intéressant. Le quartier mélange architecture georgienne du XVIIIe siècle, Art déco des années 1930 et constructions contemporaines. Colville Place, une ruelle pavée bordée de façades colorées, ressemble davantage à un passage du Marais parisien qu'à une artère londonienne. Vous la traversez en deux minutes. Vous y ferez quinze photos.
La légende locale — que les habitants choisissent de croire — veut que Lady Gaga y possède un appartement. Vrai ou pas, ça dit quelque chose du caractère de Fitzrovia : un endroit où les célébrités viennent se fondre dans le décor, pas s'y montrer.
Virginia Woolf, Dickens et Orwell : les plaques bleues racontent trois siècles
Si vous ne connaissez pas les plaques bleues de Londres, voici le principe. English Heritage appose des médaillons en céramique sur les façades des maisons où des personnalités ont vécu. C'est l'équivalent britannique de nos plaques commémoratives — sauf qu'il y en a plus de 900 dans tout Londres. Et Fitzrovia en concentre un nombre disproportionné.
Virginia Woolf a vécu à Fitzrovia. Charles Dickens aussi. Et tenez-vous bien : George Bernard Shaw a habité le même immeuble que Virginia Woolf, quelques années avant elle. Imaginez la scène. Vous êtes debout devant cette façade de Fitzroy Square, et deux des plus grands noms de la littérature anglaise ont regardé par cette même fenêtre.
Sur Tottenham Street, une plaque rappelle la maison de Charles Laughton et Elsa Lancaster — le couple d'acteurs hollywoodiens qui vivait à Londres entre deux tournages. L'écrivain Ian McEwan, prix Booker avec Amsterdam (1998), a vécu sur Fitzroy Square lui aussi.
Côté cinéma, Fitzrovia a servi de décor à deux films cultes : Peeping Tom de Michael Powell (1960), thriller psychologique qui a failli détruire la carrière de son réalisateur, et Phantom Thread de P.T. Anderson (2017), le dernier film de Daniel Day-Lewis. Le pub King & Queen, sur Foley Street, a vu défiler musiciens et artistes depuis les années 1950.
Pour un quartier qui n'existe pas officiellement, c'est un sacré palmarès.
La Fitzroy Tavern : le pub qui a donné son nom à tout un quartier
Bon. Maintenant qu'on a posé le contexte littéraire, passons à l'histoire du nom. Parce que Fitzrovia ne s'est pas toujours appelé Fitzrovia.
Tout commence après la Première Guerre mondiale. Un homme nommé Judah « Pop » Kleinfield reprend la gestion d'un pub sur Charlotte Street. Kleinfield est un tailleur juif polonais qui a appris le métier sur Savile Row — la rue des costumes sur mesure, à deux pas de là. Son pub devient rapidement un point de ralliement pour les écrivains, les poètes et les originaux du quartier.
Et quels habitués. Dylan Thomas, l'auteur gallois du poème « Do not go gentle into that good night », y buvait régulièrement. George Orwell — celui de 1984 et de La Ferme des animaux — aussi. Et Richard Attenborough, futur réalisateur de Jurassic Park, faisait partie de la bande.
Le pub s'appelle la Fitzroy Tavern — du nom de Fitzroy Street, juste à côté. Et c'est ce nom que le quartier a fini par adopter. La revue Socialist Review mentionne le terme « Fitzrovia » dès les années 1930. Le succès du pub a consolidé le nom jusqu'à ce qu'il devienne l'appellation reconnue — officieuse, certes, mais unanime.
La Fitzroy Tavern est toujours ouverte. Toujours animée. Elle n'a pas besoin de musée. Elle est le musée.
De 15 livres à 300 : comment Fitzrovia nourrit toutes les bourses
Voici un quartier qui résume Londres en une seule carte de restaurant. D'un côté, des bistrots portugais et des cantines de quartier où un repas coûte 15 livres sterling — soit environ 17 euros, moins qu'un menu au Flunch de la gare de Lyon. De l'autre, Gymkhana, le restaurant indien qui figure régulièrement dans les classements des meilleures tables de Londres.
Entre les deux, le choix est vertigineux. Ottolenghi, le chef israélo-britannique Yotam Ottolenghi, a installé ici l'une de ses adresses phares — cuisine méditerranéenne, légumes sublimés, portions généreuses. Le bistro français 64 Goodge Street propose une cuisine d'inspiration parisienne sur la rue qui porte le nom de la station de métro la plus proche. Des restaurants portugais (la communauté lusophone est bien implantée à Fitzrovia) servent du bacalhau et des pastéis de nata authentiques.
Un bar du quartier — dont les habitués gardent jalousement le nom — propose plus de 100 vins au verre. Trouvez-moi un autre endroit à Londres où c'est possible dans un cadre informel.
Et le réalisateur Guy Ritchie — celui de Snatch et de Lock, Stock and Two Smoking Barrels — est propriétaire du pub Lore of the Land, l'un des plus populaires de la zone. Les week-ends, une file d'attente se forme devant un restaurant qui sert le petit-déjeuner toute la journée. Dîner un breakfast à 22 heures : c'est ça, l'esprit Fitzrovia.
La BT Tower devient un hôtel : le quartier bascule
Si vous levez les yeux n'importe où dans Fitzrovia, vous la verrez. La BT Tower — anciennement Post Office Tower — est la boussole du quartier. 182 mètres de béton et d'acier. Jusqu'en 1980, c'était le plus haut édifice de Londres. C'est la Giralda de Séville du quartier, la Koutoubia de Marrakech de ce coin du West End.
Et voilà ce que ça change : la BT Tower va devenir un hôtel. Le projet, annoncé par BT Group, prévoit une reconversion complète de cette tour de télécommunications en établissement hôtelier dans les prochaines années. C'est un signal fort. Quand un opérateur télécom cède un monument à l'industrie hôtelière, c'est que le quartier a changé de statut.
Fitzrovia est passé en vingt ans d'un quartier de bureaux et de studios de photographie à une destination à part entière. Les agences de communication y sont toujours — mais les hôtels, les restaurants et les galeries les rattrapent. La majorité des gens que vous croiserez dans les rues de Fitzrovia sont des locaux. Pas des touristes. Pas encore.
The Newman : le tout nouvel hôtel qui résume Fitzrovia en 15 artistes
Ouvert en février 2026, The Newman est le dernier-né des hôtels de Fitzrovia. Et il a une ambition précise : être un « Fitzroy boy » — un habitant du quartier, pas un visiteur.
L'hôtel fait partie de la Legend Collection de Preferred Hotels & Resorts, un réseau mondial d'hôtels indépendants haut de gamme. Son design intérieur, signé par le studio Lind + Almond, s'inspire des personnages du quartier. Nancy Cunard — écrivaine, activiste et héritière de l'empire maritime Cunard — est l'une des figures centrales. Son style, jusqu'à sa coiffure-diadème, se retrouve dans certains espaces de l'hôtel.
Quinze artistes ont contribué au décor. Le photographe Rory Langdon-Down, les illustrateurs Christopher Brown et Marcel Garbi, et douze autres créateurs ont semé des œuvres dans les chambres et les espaces communs. Chaque chambre contient des références aux écrivains et artistes qui ont vécu dans le quartier entre les années 1920 et les années 1950. Et les livres posés sur les tables de nuit ne sont pas décoratifs — ils donnent envie d'être lus.
Un bar d'échecs, un spa d'un étage et un minibar avec masque LED
Le bar s'appelle Gambit — un clin d'œil à la tradition échiquiste de Fitzrovia. Les cocktails y sont remarquables (demandez le Angels and Lemons). La brasserie Angelica réinterprète la taverne victorienne avec des plats britanniques et continentaux, et un chariot à sandwichs qui circule entre les tables.
Le spa occupe un étage entier. Il propose un rituel baptisé Sunday Reset — un « retrait urbain du dimanche » en plein cœur de Londres. Et dans la suite penthouse, le minibar inclut un masque facial à LED. Vous avez bien lu. Un masque facial à LED dans le minibar. Entre le gin tonic et les cacahuètes.
The Newman résume Fitzrovia en un bâtiment : bohème, cultivé, surprenant et légèrement excentrique. Comme le quartier.
Questions fréquentes
Où se trouve exactement Fitzrovia à Londres ?
Fitzrovia se situe dans le West End de Londres, entre Oxford Street au sud, Euston Road au nord, Tottenham Court Road à l'est et Great Portland Street à l'ouest. Le quartier n'a pas de statut administratif officiel — il ne correspond à aucun borough — mais ses limites sont reconnues par les Londoniens. La station de métro la plus proche est Goodge Street (Northern Line). Fitzrovia est à 5 minutes à pied de la gare d'Euston et à 10 minutes de King's Cross St Pancras, ce qui le rend accessible dès l'arrivée de l'Eurostar depuis Paris.
Peut-on visiter Fitzrovia à pied en une demi-journée ?
Fitzrovia se parcourt facilement en 3 à 4 heures à pied. Le quartier est compact — moins d'un kilomètre carré. Un itinéraire logique part de la station Goodge Street, remonte vers Fitzroy Square (maison d'Ian McEwan et George Bernard Shaw), descend par Charlotte Street et ses restaurants, bifurque vers Colville Place (ruelle photogénique), passe devant la Fitzroy Tavern sur Charlotte Street, et termine à la BT Tower visible depuis presque partout. Prévoyez une pause déjeuner dans l'un des nombreux restaurants du quartier — les prix démarrent à 15 livres sterling. À vérifier avant votre départ.
Quel budget prévoir pour dîner à Fitzrovia ?
L'éventail des prix à Fitzrovia est spectaculaire. On peut dîner pour 15 livres sterling dans un restaurant portugais ou un bistro de Charlotte Street, ou dépasser les 300 livres chez Gymkhana, le restaurant indien réputé. Entre les deux, Ottolenghi (cuisine méditerranéenne) et le bistro français 64 Goodge Street proposent des menus entre 25 et 50 livres. Le pub Lore of the Land, propriété du réalisateur Guy Ritchie, offre des plats de pub à prix raisonnables. Les prix sont à vérifier avant votre départ — la restauration londonienne évolue rapidement.
Pour aller plus loin
- Guide Fitzrovia — Visit London (office du tourisme)
- The Newman Hotel — Site officiel
- Blue Plaques — English Heritage
