Mont-Blanc Express : 120 ans, 17 tunnels et les Alpes à 70 km/h

Train panoramique du Mont-Blanc Express traversant un viaduc de pierre dans les Alpes suisses, sommets enneigés et vallée verdoyante en arrière-plan

Quiz : connaissez-vous le Mont-Blanc Express ?

À quelle vitesse maximale roule le Mont-Blanc Express ?

70 km/h maximum, sur une voie métrique unique. C'est 4 fois moins qu'un TGV. Chaque kilomètre révèle un paysage que la grande vitesse efface.

Qui a réalisé la première ascension du Mont-Blanc le 8 août 1786 ?

Jacques Balmat et Michel Gabriel Paccard ont atteint les 4 805 m du Mont-Blanc le 8 août 1786. Hillary et Tenzing ont conquis l'Everest en 1953, Whymper le Cervin en 1865.

Combien de viaducs, ponts et ponceaux jalonnent le parcours du Mont-Blanc Express ?

46 viaducs, ponts et ponceaux, 17 tunnels et 9 galeries pare-neige. Le tout sur 54 km entre Martigny et Saint-Gervais-les-Bains, construit entre 1899 et 1908.

Le Mont-Blanc Express fête ses 120 ans en 2026. Ce train relie Martigny en Suisse à Saint-Gervais-les-Bains en France. Il traverse 46 viaducs, 17 tunnels et 9 galeries pare-neige. C'est le moyen le plus lent de traverser les Alpes, à 70 km/h maximum, et le plus spectaculaire. 54 km de voie métrique unique, dont un tronçon suisse à 20 % de pente grimpé à la crémaillère. Le train circule 365 jours par an, une fois par heure, de 6 h 56 à 19 h 14. Carte journalière adulte pour la vallée du Trient : 43 €. Les nouvelles rames suisses seront présentées le 19 juin 2026 à Vernayaz, les françaises en septembre. Neuf gares, neuf villages, neuf arrêts entre glaciers et retables baroques que ni l'avion ni le TGV ne montreront jamais.

Comment un train grimpe à 20 % de pente sans dérailler ?

Vous avez bien lu : 20 % de pente. C'est le gradient du Mont-Blanc Express côté suisse, entre Vernayaz et Le Châtelard. Sur une route, 20 %, c'est un mur. Comment un train fait-il ?

La réponse tient en un mot : la crémaillère. Entre les deux rails classiques, un troisième rail denté court au sol. Sous la motrice, une roue crantée s'y encastre. Le train s'agrippe à la montagne comme un engrenage d'horloge, mais à l'échelle d'un wagon.

Côté français, la pente redescend à 9 %. La voie est métrique : 1 mètre d'écartement, contre 1,435 m sur le réseau ferroviaire européen classique. Traction 100 % électrique depuis les origines. Vitesse maximale : 70 km/h. C'est 4 fois moins qu'un TGV.

Le parcours de 54 km entre Martigny et Saint-Gervais-les-Bains emprunte 46 viaducs, ponts et ponceaux. Il perce 17 tunnels. 9 galeries pare-neige protègent les sections les plus exposées. La ligne suisse Martigny-Le Châtelard a été inaugurée le 18 août 1906. La ligne française, lancée en 1899, a rejoint la suisse entre 1905 et 1908. Deux pays, une voie unique, et 120 ans de service continu.

Le Mont-Blanc Express n'est pas un train touristique. C'est un train du quotidien. Pendulaires suisses, skieurs français, familles, retraités, traileurs. Chaque heure, les mêmes wagons transportent ceux qui vivent la montagne et ceux qui la découvrent. C'est aussi ce qui le rend unique : on voyage avec les habitants, pas au-dessus d'eux.

Martigny : un Rodin, un Calder et 42 voitures sous des ruines romaines

Le Mont-Blanc Express part de Martigny. Premier sifflet à 6 h 56. Mais avant de monter à bord, un détour s'impose.

À l'écart du centre-ville, la Fondation Pierre Gianadda abrite l'un des musées les plus surprenants de Suisse. Léonard Gianadda (1935-2023), ingénieur et reporter-photographe, l'a construite en 1978 sur des vestiges gallo-romains. Les grands bronzes d'Octodure et des statues en marbre d'Apollon et d'Hercule sont exposés dans le bâtiment même.

Dehors, le parc arboré aligne des noms qui donnent le vertige. « Love » de Robert Indiana. « Le Baiser » d'Auguste Rodin. « Le Pouce » de César. Un Stabile-Mobile d'Alexander Calder. « Les Baigneurs » de Niki de Saint Phalle. Un mural d'Antoni Tàpies. Tout est là, à l'air libre, entre les arbres, comme les sculptures en plein air de Madrid.

Et sous le parc, dans un ancien parking souterrain, 42 modèles automobiles retracent l'histoire de l'automobile des origines à 1939. Gianadda résumait sa philosophie en une phrase : « Je ne suis pas là pour éduquer le public mais pour lui faire plaisir. » Billet d'entrée : 18 €. À cette étape, vous n'avez pas encore pris le train.

Le tunnel de 419 mètres que les immigrés italiens ont creusé à la main

Le train quitte Martigny, prend de la vitesse (relative) et s'enfonce dans la vallée du Trient. Premiers viaducs. Premiers tunnels. Et une cascade spectaculaire.

La cascade de Salanfe dégringole 116 mètres dans le vide. Les locaux l'appellent « Pissevache ». L'explication est triviale : « Ici, il pleut comme vache qui pisse. » Elle est visible depuis le train, juste avant la gare de Vernayaz. Rapide, obstinée, lumineuse.

Après Vernayaz, le tunnel des Charbons. 419 mètres de roche percés au marteau-piqueur au début du XXe siècle. Bernard Fiora, habitant de Salvan, raconte l'histoire de son arrière-grand-père Antonio. Émigré de Borno, un village d'Italie du Nord, Antonio a traversé les Alpes pour « gagner son pain à la sueur de son front et nourrir sa famille de six enfants ».

419 mètres. C'est plus long que quatre terrains de football alignés. Chaque mètre de cette voie porte la trace d'une migration européenne que les manuels d'histoire survolent. Paris a ses 300 km de galeries souterraines. Le Mont-Blanc Express a ses tunnels creusés à bras d'homme.

Au sortir du tunnel, le train surplombe les gorges du Triège. Le vide, sous les fenêtres, est soudain vertigineux.

Finhaut en 1908 : quand les Anglais exigeaient des palaces à 1 224 mètres

Le train monte. Le paysage s'ouvre. À 1 224 mètres d'altitude, Finhaut apparaît, blotti contre son église.

Du milieu du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale, ce village perché était une station alpestre de premier ordre. L'aristocratie et la bourgeoisie européenne s'y pressaient. Un guide de 1908 notait : « Hôtels dignes d'une capitale, trop beaux pour la montagne. Mais Finhaut a une clientèle anglaise qui demande son luxe habituel. » Un luxe alpin semblable à celui du lac de Côme, mais un siècle plus tôt.

Aujourd'hui, les grands hôtels ont fermé. Finhaut s'est replié sur son église Notre-Dame de l'Assomption, chef-d'œuvre baroque dont les murs ont retrouvé leur couleur rose d'origine en 2011. Cette teinte rose éclatante attire les photographes du monde entier.

Depuis les fenêtres du train, le glacier du Trient est visible au fond de son étroite vallée. Et à Finhaut même, au dernier étage de l'ancienne maison des douanes, Christophe Huguenin souffle le verre. Personnages, objets, animaux : tout est façonné au chalumeau puis inséré dans une bouteille ou un verre à pied. Comme les artisans de Trois-Bassins à La Réunion qui brûlent leur bois avant de construire, Huguenin transforme la matière brute en objet d'art. « Vingt fois sur le métier, je dois remettre mon ouvrage », dit-il. « Mais à chaque fois, cela me pique au vif. »

Le Trétien : comment deux soixante-huitards ont sauvé un hameau à 1 059 mètres

À 1 059 mètres, Le Trétien est un hameau perché, plein sud. Pente raide, sols maigres, saisons courtes, hivers rigoureux. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les habitants « s'estimaient riches s'ils avaient deux vaches », raconte Élisabeth Loye, une habitante.

Avec l'industrialisation et l'arrivée des touristes britanniques, les agriculteurs et éleveurs ont quitté le hameau. La forêt a englouti pâtures et vergers. Le Trétien mourait lentement.

En 1976, Élisabeth et Pierre Loye s'y sont installés. Deux « bons soixante-huitards », selon leurs mots. Le projet : « un endroit isolé pour vivre dans la nature, en autarcie, avec des chèvres et les fruits du jardin. » Pierre est peintre. Élisabeth tient le hameau debout.

Aujourd'hui, les néoruraux fleurissent les chalets en bois et en pierre. Les corvées de printemps et d'automne sont maintenues : on nettoie, on répare, on entretient. « C'est bonheur ! » dit Élisabeth. « Convivialité et sueur, tradition et jeunesse d'esprit. » Comme Cotignac dans le Var ou l'Alentejo au Portugal, Le Trétien prouve qu'un lieu peut renaître quand quelqu'un décide d'y rester.

Le train s'y arrête à la demande. Pas plus de trois minutes. Assez pour descendre, pas assez pour oublier.

Vallorcine et le refuge de Loriaz : 50 ans à 2 020 mètres

Le train franchit la frontière franco-suisse au Châtelard. Pas de tampon, pas de contrôle. Un tableau lumineux sur le quai, et c'est tout. Trois kilomètres plus loin : Vallorcine, point de transbordement entre conducteurs suisses et français.

Depuis Vallorcine, au détour d'un virage, Le Buet apparaît. 3 096 mètres. Surnommé « le mont Blanc des Dames » pour la faible technicité de son ascension. Il semble à portée de main, puis s'éloigne. Derrière lui, l'aiguille du Tour et l'aiguille du Chardonnet se devinent quand le brouillard le permet.

C'est depuis Vallorcine qu'on monte au refuge de Loriaz, à 2 020 mètres, dans le massif des Aiguilles rouges. Benjamin Bottolier en est le gardien depuis dix ans. Le refuge fête ses cinquante ans cet été 2026.

Son histoire condense toute la montagne alpine. Alpage utilisé dès le Moyen Âge. Bâtiments construits en 1922 autour d'une chavanne (fromagerie-bergerie). Abandon en 1963. Transformation en refuge par la commune de Vallorcine en 1976. Panorama à 360 degrés par temps clair, entre le massif du Mont-Blanc et les Aiguilles rouges.

Demi-pension : 55 € pour un adulte (dîner, nuit, petit-déjeuner), 40 € pour les moins de 13 ans. On n'y accède qu'à pied, comme ceux qui traversent le Sahara sans GPS. Pas de route carrossable. Pas de réseau. Le silence est total.

Argentière : cinq alpinistes légendaires et un retable piémontais au pied des Drus

Le train redescend vers Argentière. Certains sautent sur le quai. D'autres rassemblent sacs à dos, bâtons et gourdes.

En 1908, les hôteliers cueillaient les touristes à la descente du train, raconte Christine Boymond-Lasserre, guide-conférencière. Les hôtels ont été construits entre la future gare et la langue terminale du glacier. Les femmes les géraient. Les hommes partaient à la conquête des sommets avec leurs clients.

Et quels sommets. Les Drus (3 754 mètres) et l'aiguille Verte (4 122 mètres) dominent Argentière. Cinq alpinistes ont fait la réputation de ce village : Jean-Estéril Charlet-Straton, Michel Croz, Joseph Ravanel, Armand Charlet et Camille Devouassoux. Leurs noms et portraits sont gravés sur une frise de médailles à la maison de la montagne.

L'église Saint-Pierre vaut le détour à elle seule. Construite par les Argentérauds, elle abrite un splendide retable sculpté par des artisans piémontais de la Valsesia. Son clocher à bulbes et à lanternons se découpe sur le massif du Mont-Blanc. On le dit parmi les plus photographiés au monde. C'est possible. Ce qui est certain, c'est qu'aucune photo ne rend la sensation d'être là, au pied des Drus, face à 4 000 mètres de granit.

Le 11 juillet 2026, Chamonix ouvre un musée que le Mont-Blanc attend depuis 240 ans

Tout le monde descend. Chamonix. Fin de la ligne (le terminus technique est à Saint-Gervais-les-Bains-Le Fayet, quelques gares plus loin).

Le 8 août 1786, Jacques Balmat et Michel Gabriel Paccard ont réalisé la première ascension du Mont-Blanc. 4 805 mètres. Le toit de l'Europe occidentale. Une statue chamoniarde rend hommage aux deux pionniers. Et 240 ans plus tard, Chamonix ouvre un musée dédié à cette montagne.

Le nouveau musée du Mont-Blanc est inauguré le 11 juillet 2026. Trois thématiques : Adaptations, Exploits, Paysages. Billet : 8 €. À quelques pas, le musée des cristaux expose l'une des plus belles collections de cristaux des Alpes. Même tarif.

Le train du Montenvers monte jusqu'à la Mer de Glace, le plus grand glacier de France. Sept kilomètres de long. Ou ce qu'il en reste. Et le téléphérique de l'aiguille du Midi emmène les visiteurs à 3 777 mètres, face à l'univers de la haute montagne.

Le Mont-Blanc Express se renouvelle. Les trois nouvelles rames suisses seront présentées le 19 juin 2026 à Vernayaz. Les quatre françaises arriveront en septembre. 120 ans de service. Des rames neuves. Et un réseau ferroviaire français qui, pour une fois, n'a rien à envier aux grandes lignes. Tarifs, horaires et disponibilités à vérifier auprès de mont-blanc-express.ch (Suisse) ou sncf-connect.com (France) avant votre départ.

Questions fréquentes sur le Mont-Blanc Express

Combien coûte un billet pour le Mont-Blanc Express en 2026 ?

La carte journalière adulte pour la vallée du Trient côté suisse coûte 43 €. Pour les 6-16 ans : 27 €. À Chamonix, les clients des hôtels reçoivent des billets gratuits grâce à la carte d'hôte. Le train circule toute l'année, une fois par heure (fréquences renforcées en été), de 6 h 56 à 19 h 14. Pour le côté suisse, consulter mont-blanc-express.ch. Pour le côté français, sncf-connect.com. Tarifs et horaires à vérifier avant votre départ.

Le Mont-Blanc Express circule-t-il toute l'année ?

Oui, 365 jours par an. Les départs ont lieu une fois par heure entre 6 h 56 et 19 h 14, avec des fréquences renforcées en été. Le trajet complet entre Martigny en Suisse et Saint-Gervais-les-Bains-Le Fayet en France traverse 46 viaducs et 17 tunnels sur 54 km de voie métrique. En hiver, 9 galeries pare-neige protègent la voie. Côté suisse, le système de crémaillère permet de franchir des pentes de 20 %. Les conditions météorologiques peuvent perturber le service. Horaires détaillés sur mont-blanc-express.ch et sncf-connect.com.

Quand le nouveau musée du Mont-Blanc ouvre-t-il à Chamonix ?

Le nouveau musée du Mont-Blanc ouvre le 11 juillet 2026 à Chamonix. Il s'organise autour de trois thématiques : Adaptations, Exploits et Paysages. Le billet d'entrée est de 8 €. À quelques pas, le musée des cristaux expose l'une des plus belles collections de cristaux des Alpes, au même tarif. Les deux musées sont accessibles depuis le centre de Chamonix, à quelques minutes à pied de la gare du Mont-Blanc Express. Les nouvelles rames suisses seront présentées le 19 juin 2026 à Vernayaz, les françaises en septembre. Informations à vérifier avant votre départ sur musee-alpin-chamonix.fr.

Pour aller plus loin

  1. Mont-Blanc Express — Site officiel du train transfrontalier
  2. Chamonix Mont-Blanc Tourisme — Office du tourisme de Chamonix et de la vallée
  3. Vallée du Trient Tourisme — Office du tourisme de la vallée du Trient (Suisse)
  4. Fondation Pierre Gianadda — Musée, parc de sculptures et expositions à Martigny
  5. Musée Alpin de Chamonix — Nouveau musée du Mont-Blanc et musée des cristaux
Les informations pratiques (prix, horaires, disponibilités, conditions de transport) mentionnées dans cet article sont basées sur les données disponibles au 12 mai 2026. Elles peuvent évoluer. Vérifiez directement auprès des opérateurs ferroviaires et des offices du tourisme avant votre départ.